La Tortue … Animal sacré ?

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Tortue

La Tortue … Animal sacré ?

Par Abolo Jean Claude

Sur le plan scientifique, la tortue est un reptile qui appartient à l’ordre des Chéloniens, famille des Testudinidés qui regroupe de nombreuses espèces de tortues marines appelées «  kigubsi » en bafia, de tortues d’eau douce et de tortues terrestres. Celles qui font l’objet de cet article sont les tortues terrestres notamment celles de la savane appelées « kui ou kwi » non consommées par les Bafia au contraire de leurs cousines marines et d’eau douce. Il s’agit d’un animal dépourvu de dents, herbivore,  lourd et lent dont le corps est recouvert d’une carapace osseuse et écailleuse dans laquelle elle se retire pour dormir ou lorsqu’elle est inquiétée. D’où vient-il que ce petit animal inoffensif soit devenu pour les mbamois en général et en particulier pour les Bafia d’une certaine époque, un animal craint, respecté et vénéré ?

Si aujourd’hui personne ne peut dire avec certitude d’où vient le mythe de la tortue chez les bafia, les recherches de Joseph Dong Aroga en vue de l’obtention du doctorat de 3ème cycle et publiées sous le titre, « La tortue chez les Bafia du Cameroun, Mythes, Représentations et Symboles » aux Editions L’Harmattan, et paru en 2010 tentent d’apporter des éclaircissements sur l’image que les bafia se faisaient ou pour certains se font encore de ce reptile chélonien.

Le mot « kui ou kwi » en bafia signifie lèpre, maladie redoutable dont les manifestations au niveau de la peau rappellent l’aspect de la carapace de la tortue et les mutilations causées par elle, l’aspect des membres de la tortue. Comme l’affirme Melvin Mbassa Souta dans son livre « Au coeur des us et coutures du peuple Bafia  » paru aux éditions Harmatan, être atteint de la lèpre était signe de malédiction, tout lépreux étant considéré comme impur et écarté de la société, car ayant enfreint les règles de la nature en commettant des actes qui n’honoraient pas Dieu.

Le mythe de la tortue chez les bafia viendrait de leurs ancêtres les Nyokon, qui probablement en l’absence de méthodes d’investigation comme celles que nous connaissons de nos jours,  firent de la tortue, après avoir prêté serment et fait un certain nombre de rites, un animal sacré, symbole de la justice, de la paix, du bonheur, de l’honnêteté, de la bonne foi, de la sincérité et du respect strict  des engagements. Nul ne devait posséder une tortue, la toucher, et encore moins, en consommer la chair faute de quoi, la personne coupable de ce sacrilège devait, pour laver ce péché ou cette souillure, subir une purification appelée en bafia « kisyeg ke kui ».

Il existe d’autres croyances fondées ou non qui découleraient certainement des interdits ci-dessus évoqués.

 Celui qui s’amuserait à voler les fruits d’un arbre ou tout autre bien auquel est  accrochée une carapace de tortue, pourrait être assuré de tomber malade.

  • Pour s’assurer la fidélité de son épouse, il vous suffirait de plonger une carapace de tortue dans son eau de bain, et elle vous serait alors acquise pour toujours.
  • La tortue  permettrait de découvrir un voleur ou quiconque aurait posé un acte malhonnête ; il suffit pour cela de faire toucher une carapace de tortue  aux personnes soupçonnées, si le coupable est parmi ces personnes, il se découvrirait sans difficulté.
  • Pendant la période esclavagiste, si un homme vendait sa femme avec qui il avait des enfants, pour se mettre a l’abri de la fureur de ces derniers, il lui suffisait de leur faire prendre un bain avec  une eau dans laquelle il avait plongé une carapace de tortue : si les enfants  s’aventuraient à vouloir attenter à sa vie, ils succombaient tous.
  • Si par mégarde, il vous arrivait de consommer une nourriture dans laquelle serait tombé un brin d’écaille de la carapace de la tortue, vous pourriez être souillé et votre malédiction irait de père en fils, sans fin.

 Comme vous pouvez le constater, les Bafia vouaient un véritable culte à la tortue à qui ils prêtaient un pouvoir occulte et mystique. Que peut-on en penser aujourd’hui ? A chacun son jugement

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Publié dans US et coutume Bafia
2 commentaires pour “La Tortue … Animal sacré ?
  1. bengono christelle dit :

    bonjour,
    je suis une fille yambassa mais de mère bulu.
    je voulais savoir ce qui a conféré tant de pouvoir à la tortue pour qu’elle soit utilisée pour tous ces rythes.
    mon père m’a dit ce mythes provient de l’époque de la guerre ou le chef bafia MACHA en voulant fuir se serait servi d’une tortue pour traverser la rivière, pour au milieu la transformer en pierre dans laquelle il a disparu. les blancs ne l’ayant pas retrouvé ont pris peurs des pouvoirs mystiques que les mbamoies pourraient avoir et se sont enfuis ce qui a entrainé la fin de la guerre. c’est la raison pour laquelle les mbamoies ont eu un profond respect vis à vis de la tortue qu’il ont commencé à vénérer et considérés comme leur totèm

    si vous pouvez compléter ou vérifier celà nous fera un grand bien à tous
    merci

  2. moudji dit :

    ah oui ce fameux mythe

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