Organisation de la société Vouté ancienne

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Voute bisOrganisation de la société Vouté ancienne

Par Didier Bidias

Peuple venu au 18e siècle de l’Adamaoua et probablement de Meiganga, les ‘‘Vouté’’, ‘‘Vuté’’ ou encore ‘‘Babouté’’ sont actuellement répartis sur les régions de l’Adamaoua, du Mbam et de la Sanaga. Ils ont organisé leur société ancienne suivant un ordre hiérarchisé, basé sur des clans, des cités, des chefferies, des sociétés secrètes et des conseils. Ainsi, la société Vouté ancienne fut bien soudée et bien structurée, dans ses institutions sociopolitique, économique, culturelle et religieuse. Toutefois, l’un des faits marquants dans cette société fut la guerre menée lors de sa migration vers le sud Cameroun.

Aborder l’histoire et l’origine des peuples africains avant l’arrivée des européens est une question cruciale. Il y a une grande difficulté à retracer les origines véritables du peuple Vouté, encore appelé Babouté. D’après la légende transmise de génération en génération, l’origine de ce peuple est à chercher hors du Cameroun. Il est difficile de dire avec exactitude d’où vient ce peuple. Mais, lorsqu’on s’intéresse à sa tradition, ses us et coutumes, tout porte à croire que les Vouté viennent de loin, à l’instar des autres peuples du Cameroun.
Toutefois, les Vouté du sud ont conscience de provenir de la région de Tibati, plus au Nord à la moitié du XIXème siècle. Aujourd’hui, le pays Vouté s’étend de la Sanaga jusqu’au 6° degré de latitude Nord environ (à mi-chemin de Yoko à Tibabti), et de la rive droite du Djerem à l’Est jusqu’au cours du Mpem, puis du Ndjim jusqu’à son confluent avec le Mbam à l’Ouest.

Avant la pénétration européenne, ils présentaient une organisation stratifiée.

D’après la légende, les Vouté seraient originaires du Bornou. Leurs ancêtres étaient des guerriers et d’habiles cavaliers venus des grassfields de l’Ouest et du Nord-Ouest, où ils voient leur expansion stoppée par les Bamilékés. Par la suite, ils émigrent dans la région de Bamenda où ils constituent de puissantes chefferies, dites Bali, et défient les Bamoun et les Tikar avec lesquels ils concluent finalement une alliance (le Mandjara) et assurent la conquête des tribus locales.

Poursuivant leur aventure, les Vouté remontent vers le Nord et créent les villes de Banyo et Tibati. Toutefois, ils croisent sur leur chemin les Mboum qui leur dispute la localité de Tibati. C’est sur ces entrefaites qu’ils se dispersent et se dirigent vers le Sud. Ils s’implantent donc dans l’actuel arrondissement de Yoko.

L’observation de cette trajectoire migratoire justifie le fait qu’on les retrouve aujourd’hui à l’Ouest-Cameroun, au Nord-Cameroun et aussi au Sud, précisément à Yoko.

Organisation politique

‘‘Les structures politiques d’un peuple sont conçues pour servir le but qu’il se donne. Elles sont fonctions de son idéologie’’. Ainsi, avant l’arrivée des allemands, les Vouté étaient divisés en trois principales chefferies indépendantes : Linte, Nguila etNyoo. Bien que certaines études sur ce peuple (notamment, celle de Nicolas KARANG MVOUTSI) aient répertorié sept clans dans cette société, correspondants à un territoire conquis par chacun d’eux, il est clair que ces chefferies ont toutes la même organisation politique.

Structure de la chefferie Vouté

L’organisation politique était fondée sur le village qui était dirigé par le Chef, le Conseil des notables et les Attachés du chef.
Le Chefse trouvait à la tête de la chefferie. Il portait le nom de «MVEIN», faisait l’objet d’une véritable vénération et détenait le pouvoir politique et temporel, sans pour autant être un despote. Il avait le droit de vie et de mort sur ses sujets, du fait des rites qui ont précédé son sacre. Il avait des droits et devoirs, et toutes les richesses de la société lui revenaient de plein droit, notamment les défenses d’éléphants abattues par les chasseurs, les esclaves capturés lors des razzias effectués auprès des peuples voisins. Il assurait le bien être de son peuple et le protégeait contre toutes attaques extérieures.

Les critères de choix du Chef portaient sur la bravoure, la témérité,la vaillance et l’esprit d’initiative des futurs prétendants au trône, car c’est un peuple de guerriers. La succession étant patrilinéaire, le Chef devaitnécessairement appartenir à la lignée du trône. Il devait aussi se distinguer par ses exploits (chasse aux fauves), ses qualités physiques et athlétiques (fort, courageux, robuste, …) et humaines (sociable, tolérant, généreux).
Emmanuel GHOMSI et Thierno BAH confirment cette exigence lorsqu’ils affirment : «c’est un leader qui se fait remarquer par son courage et ses aptitudes guerrières, il doit pouvoir défendre sa communauté et au besoin assurer son expansion et conduire le service militaire ».
Les notables, quant à eux, sont les deuxièmes personnalités politiques des Vouté et se recrutent parmi des personnesayant atteint un certain niveau de connaissance. Parmi eux, il y a :

  • Le Kagame : il exerce la fonction de Ministre de la guerre et est de ce fait le plus important.
  • Le Tajari : il vient tout de suite après le chef et assure l’intérim en cas d’empêchement du chef.
  • Le Tamwari : (père des champs) : il est une sorte de Ministre de l’économie qui s’occupe des cultures et garde le grenier de la chefferie.
  • Les Dugali: ils sont de jeunes et valeureux guerriers qui assurent la sécurité du chef.

Organisation économique

L’activité économique au sein de toute société humaine est conditionnée par sa structure et par les hommes qui la composent. Il n’existe aucune composante de la vie du peuple Vouté qui ne soit tributaire de l’activité guerrière. La vente des esclaves et le commerce de l’ivoire qui constituent le socle de l’économie provenaient de la guerre. Les autres activités de production étaient reléguées au second plan.
La production des biens de consommation
Dans le domaine de l’agriculture, les plantes cultivées étaient : le maïs, le mil, l’arachide, le manioc, l’igname, la banane, le plantain, etc. Ces différentes cultures servaient essentiellement à la consommation locale. En somme,les produits agricoles étaient destinés à l’autoconsommation.

La pêche était une activité de subsistance qui se pratiquait beaucoup plus en saison sèche. Elle étaitentretenue grâce à la densité du réseau hydrographique de la région, autour de la Sanaga et ses affluents. Elle se pratiquait beaucoup plus en saison sèche.

Le Chasse, à l’instar dela guerre, était la principale occupation des hommes. Activité vitale, elle permettaitde se procurer le gibier, mais aussi d’affirmer la vaillance et la bravoure des hommes.

L’élevage, était essentiellement domestique et permettait d’avoir sous la main les animaux dont on a besoin pour compléter les produits de la chasse et de la pêche, mais aussi elle servait à faire des sacrifices lors des rites et autres cérémonies religieuses. Toutefois on se servait également du produit de l’élevage pour des grandes manifestations telles que la dot, le mariage, la circoncision, l’intronisation d’un chef, etc. Les animaux les plus élevés étaient : les chèvres, les moutons, la volaille.

Echange et commerce

Les produits de l’échange

L’activité économique Vouté se confondaità l’activité guerrière. Cette dernière était en réalité la seule activité créatrice des richesses, d’expansion vers le sud et apportant en même temps des esclaves qui servent à payer un tribut au lamido de TIBATI.

On peut aussi noter que l’activité guerrière constituait une activité économique à part entière dans cette société. Elle permettait d’employer la main d’œuvre et offre des moyens de locomotion vers TIBATI. Le chef avait le monopole du commerce extérieur. Autour d’une exploitation, tous les captifs lui étaient remis et c’est lui qui traitait avec les commerçants Haoussa et les envoie au Lamido.

La monnaie

Il n’existait pas à proprement parler de monnaie au sens moderne du terme. A l’époque, les échanges entre Vouté et commerçants Haoussa étaient marqués par le troc. Ils apportaient les esclaves et l’ivoire, et les Haoussa apportaient en échange des étoffes, des perles, des gandouras et des chevaux.

Organisation sociale

Les Vouté étaient divisés en  clans, disposant de plusieurs structures. On retrouvait plusieurs classes sociales : 

Les hommes constituaient le principal agent économique de la chefferie. Les travaux durs leur étaient réservés, à l’instar de la construction des maisons familiales, du défrichage des champs, de la chasse, de la guerre, de l’abattage, etc.La principale activité des hommes libres était la guerre. C’est ce qui amena Eldridge MOHAMADOU à affirmer que : «l’occupation par excellence, la seule dont on peut tirer satisfaction et fierté était le maniement des armes ».

Quant aux femmes, leurs rôles n’étaient pas des moindres dans l’organisation sociale, politique, économique et culturelle de la société.  En dehors de celui de procréation, elles s’occupaient du travail de la terre, de la cuisine, de l’éducation de la jeune fille et du ravitaillement des hommes pendant la guerre.

Les esclaves étaient le fruit des razzias effectuées auprès des peuples riverains de la Sanaga. C’est à eux que revenait la lourde tâche concourant à l’épanouissement de la communauté. Malgré leurs origines, les esclaves n’étaientpas des laissés pour compte du fait de leur assimilation.

Les institutions sociales

Concernant le mariage, la polygamie et la monogamie sont les deux régimes matrimoniaux que l’on note ici. Toutefois, la polygamie est le mode le plus rependu. L’autorité et la respectabilité d’un homme lui étaient dus par rapport au nombre de ses épouses. La dote n’existait presque pas en terme économique. Selon J. L SARAH : la dotétait considérée comme une forme d’échange où le prétendant devait assister la belle famille à des multiples tâches et passait un bout de temps dans sa famille.

La religion

Avant l’arrivée des européens, les Vouté pratiquaient le culte des ancêtres. Ils offraient des sacrifices aux esprits pour éloigner les calamités dans la société. Les cérémonies rituelles étaient un culte. En somme, l’organisation de la société Vouté ancienne fut très vaste et riche de significations.

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Publié dans Société

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