La naissance gémellaire chez les Yambassa

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JumeauxLa naissance gémellaire chez les Yambassa

Par Joël Nkeng

En Afrique, les jumeaux représentent des ‘‘êtres particuliers’’. Leur naissance dans une famille donne lieu à un événement extraordinaire. Le phénomène gémellaire a fait l’objet de plusieurs recherches académiques. Des chercheurs se sont notamment intéressés à la signification profonde des rites et pratiques relatifs à ce phénomène, aux pouvoirs qu’on attribue aux jumeaux, ainsi qu’aux conséquences que la naissance gémellaire peut entraîner dans la vie d’une famille, ou d’un groupe.

Les Yambassa sont un groupe de 04 tribus : Elip, Yangben, Mmala ou Mehele et Gunu, repartis autour de 35 villages dans les arrondissements de Bokito et Ombessa. Chez les Gunu, il est un phénomène qui excite vivement la curiosité : la naissance gémellaire. Celle au cours de laquelle la femme expulse lors du même accouchement deux fœtus, parfois trois ou plus au lieu d’un seul. Et par ce fait même il devient insolite.

La naissance des jumeaux chez certains peuples est tenue pour un événement extraordinaire et miraculeux où se manifeste une intervention surnaturelle car les jumeaux seraient doués de pouvoirs supraterrestres. Tantôt considérés comme un indice du courroux divin (par exemple chez les Bantou Sud-africains et chez les Balemba de Rhodésie), tantôt au contraire, c’est un présage heureux qui donne lieu à des réjouissances. Les jumeaux sont le symbole de la fertilité, de la fécondité et de la richesse (c’est le cas chez les pêcheurs de la Colombie Britannique et chez les Bamilékés où la naissance des jumeaux anoblit immédiatement les parents).

Les Gunu font partie de cette deuxième catégorie où le phénomène est bien accepté et a un impact dans la vie sociale du groupe. Ils attachent une importance particulière au phénomène gémellaire. C’est pour cela que chez eux, rites traditionnels, danses et festins accompagnent nécessairement de telles naissances qui sont considérées comme le résultat d’une bénédiction et sont accueillies avec faste et joie.

Aussi, entend-on régulièrement chez les Gunu certaines expressions courantes telle que : ’‘Si tu es une vraie femme, accouche des jumeaux’’. Mais, avant leur venue au monde, la mère doit observer un ensemble de rites et de comportements, gage d’un accouchement sans problème. Par exemple, une grossesse gémellaire donne lieu à des interdits, notamment alimentaires : noix de cola, une variété de singe noir appelé en Gunu ‘‘Builo’’, l’antilope, le maquereau, les œufs, les poissons à fortes nageoires.

Ces aliments ont une influence sur la santé des enfants à naître. Il est plutôt recommandé des nourritures telles que le kaolin et les mets gluants (gombo). A la naissance, il y a chez les Gunu des rites postnatales obligatoires à accomplir afin d’éviter des conséquences fâcheuses, car les jumeaux sont chez ce peuple des ‘‘être mystérieux’’, porteurs de bonheur ou de malheur pour la famille, les parents et parfois même la tribu toute entière. On leur attribue souvent un certain nombre de pouvoirs tant maléfiques que thérapeutiques.

Dans la tradition Gunu, c’est le père qui, dès la naissance des jumeaux, porte la nouvelle à la famille d’origine de son épouse. A son retour, le père de la mère des jumeaux se doit d’aller l’annoncer dans sa belle-famille, celle d’origine de sa femme.

Si une telle naissance entraîne un changement du statut social des parents, ils sont anoblis, entrent dans l’assemblée des notables du village et sont respectés, écoutés. Elle entraîne aussi un changement de dénomination des parents. Chez les Gunu, une femme qui vient d’accoucher s’appelle ‘‘Ogondo’’. Mais, si elle accouche des jumeaux, on l’appelle ‘‘Kabadiang’’, c’est-à-dire la mère des jumeaux et le père va se faire appeler ‘‘Ambassa’’ qui signifie père des jumeaux.

Les enfants également reçoivent des noms spéciaux qui servent à leur évocation à reconnaître qu’il s’agit d’un jumeau. Ces noms se donnent par ordre de naissance et selon le sexe. Aujourd’hui, il est aisé de constater que ces pratiques sont toujours scrupuleusement respectées chez les Gunu.

Toujours au registre des rites postnatales, il y a la danse des jumeaux appelée ‘‘ibassa’’ et le ‘‘Guisobinio g’ibassa’’ ou la purification à l’occasion d’une naissance gémellaire qu’il faut accomplir, et qui sont d’une très grande signification dans la mesure où elles protègent et purifient les jumeaux.

La danse des jumeaux a pour but de traduire la joie, l’allégresse que l’on ressent après une telle naissance. Elle permet d’éloigner les esprits maléfiques qui attenteraient à la vie des jumeaux. Ces esprits s’écartent au son des tam-tams. Elle est exécutée par un orchestre : B’iimbi, généralement constitué de 4 musiciens spécialisés dans l’un ou l’autre instrument de musique : deux paires de double cloches (Mugolo), un tambour vertical (Gigeme), un tam-tam (Gigolo). Les festivités durent longtemps (environ 3 heures).

Le Guisobinio g’ibassa ou purification à l’occasion d’une naissance gémellaire est une cérémonie qui nécessite beaucoup de biens matériels de la part des parents. Les intéressés vont au marigot, où le prêtre procède à la cérémonie de la rivière. Ensuite, c’est sur la toiture de la case où sont logés les jumeaux qu’on monte chanter en conjurant les esprits maléfiques.

Le père des jumeaux fait une prière rituelle pendant que les musiciens jouent. Puis, on passe à la cuisson du repas rituel. A travers ce rite, les Gunu espèrent préserver les jumeaux ainsi que leurs parents des accidents et de la mort prématurée. Précaution pour lutter contre tout ce qui mettrait la survie du groupe en danger. Ce rite a donc une fonction protectrice et purificatrice.

Les noms donnés aux jumeaux :

Chez les Gunu

Garçons :

1er né : Moudio (celui qui vient du ciel)
2e né : Bidias
3e né : Alimé

Filles :

1ère née : Balana
2e née : Assena
3e née : Lemo ou Kondio (fille du ciel)

Chez les Bafia

Garçons : Rim, Bidias et Moudio
Filles : Assen et Baran

Chez les Banen

Garçons : Béléas, Somo et Lumu
Filles : Keleke, Sen et Sol

Chez les Sanaga

Garçons : Ndjo’o et Ndimé
Filles : Passa et Mbella

Publié dans Famille Yambassa
Un commentaire pour “La naissance gémellaire chez les Yambassa
  1. Emmanuel NKONO dit :

    Vous avez oublié, chez les yambassas, Assiene (ou Essiene), nom unisexe signifiant ‘il/ elle suit’, donné au 2e (ou 3e, etc..). Assena en est la variante, mais uniquement donné aux filles.
    Chez les filles, si l’aînée a été nommée Moudio, la cadette peut s’appeler Balana. Donc Moudio, exclusivement pour nommer l’aïnée. Balana ne peut être que l’aînée d’Assena ( ou Essiene, ou Assiene), ou la cadette de Moudio.
    Dans le cas de faux jumeaux, j’ai vu Elomo est l’aîné(e) plusieurs fois, mais jusqu’à la lecture de cet article je ne m’étais jamais posé la question de savoir si ça répondait à une règle précise.
    En mentionnant les yambassas, vous avez oublié les lémandés,qui sont en fait les premiers des yambassas car descendant d’Omand’, fils aîné d’Ambassa, le géniteur de toutes les branches du peuple yambassa. Les langues gunu et numandé (ou lémandé) sont d’ailleurs très proches,et coutumes et traditions sont exactement les mêmes, tels les noms des jumeaux et la danse qui suit leur naissance.

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